Comment allez-vous ? Moi ça va, je suis tranquillement assis sous le baobab.
J’ai reçu récemment deux visiteurs sous les feuilles de mon imposant arbre. Nous avons eu des échanges fructueux, mais au moment de nous séparer, une chose m’a frappée : mes illustres invités m’ont dit « au revoir » trois fois. Cela n’est point gênant, mais le hic c’est qu’après m’avoir dit « au revoir », mes amis étaient toujours assis devant moi !

« Bon, au revoir. On va te laisser. C’est avec plaisir que nous avons échangé avec toi. » Cinq minutes plus tard, mes interlocuteurs étaient toujours en face de moi. Mieux, ils avaient abordé un autre sujet. Nous voilà repartis pour une causerie de près de 45 minutes.

C’est comme cela en Côte d’Ivoire.

Quand on était gamins, nos parents raccompagnaient les visiteurs à la porte d’entrée (le plus souvent les pères). Et là, nos géniteurs passaient pratiquement autant de temps sur le palier devant la porte que lors de la visite à la maison. Par exemple, si papa et ses invités avaient discuté dans le salon pendant une heure, il allait encore rester avec eux, debout devant la porte, pendant au moins trente minutes ! C’est comme si se dire « au revoir » était une fatalité à retarder le plus possible.

Je n’ose même pas évoquer nos mamans, avec elles se séparer est vraiment douloureux.

Les Ivoiriennes sont plus inspirées au moment de l’adieu. C’est là que les vrais sujets de conversation surgissent. Éclairées, elles vont te sortir des « affairages » (entendez par là les commérages dernier cri). Malheur à l’enfant qui les accompagne ! Il va se ronger les ongles tellement le temps est long. Parfois, on lui achète dare-dare un biscuit pour l’occuper (dans ce cas, il est bien chanceux).

« Ma chérie, je vais partir comme mon mari doit revenir du travail tout à l’heure-là, je vais aller mettre la sauce au feu. »

« Ok, ma copine. Mais tu sais que ma voisine a une nouvelle voiture ? »

« Ah bon? Où elle gagne l’argent pour acheter voiture même ? »

« Je ne sais même pas ! »

Quinze minutes plus tard, celle qui devait aller faire la cuisine pour son époux est encore arrêtée en pleine rue en train de discuter. C’est vraiment un supplice de se dire « au revoir » dans mon pays. Je crois que cela démontre à quel point les Ivoiriens sont attachés les uns aux autres. Ou bien ?

En tout cas, je n’ai pas de mal à vous dire « bye bye » ! Ce n’est pas  que je n’aime pas votre compagnie, mais plutôt que je ne veux pas faire comme la dame en question.

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Richard Konan

Richard Konan

Journaliste de profession, je suis un véritable passionné de la communication. J'adore manier les mots pour donner vie à la vie.
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