Esclave. Esclave. Ce mot me collera à la peau aussi longtemps que j’effectuerai mon voyage terrestre. Je ne le porte pas fièrement. Honte à moi! Pauvre esclave de mes frères!

 

Mes ancêtres ont porté les marques de l’esclavage dans leur chair. Ils m’ont laissé en souvenir la tristesse et les larmes. Ancêtres miens, qui connaissez les champs de canne à sucre et de coton. Ces braves hommes et femmes ont fait retentir leur belle voix en Amérique. Je me demande si leurs maîtres n’ont pas eu le cœur touché par ces mélodies.

 

Esclave  descendant d’esclave, je le suis! Il paraît que ma couleur de peau est un fardeau que je dois porter durant toute mon existence. L’humanité m’a réduit au rang de simple animal. Il arrive que je sois classé derrière l’espèce animale.

 

Les années sont passées et les choses ont évolué. L’esclave a fini par revêtir des habits d’homme libre. Désormais, pour respirer il n’avait plus besoin de la permission de l’homme blanc. Allez-y dire cela à mes ancêtres! Vous recevrez une tonne d’injures capables de vous faire sentir un moins que rien.

 

Ah la liberté! Parler quand on veut dormir dès que les paupières s’alourdissent, rire sans peur. Jadis enchaînés tels de vulgaires bêtes, l’esclave peut aujourd’hui brandir fièrement ses deux mains, libres de tout lien. Ah la liberté! Je la sens, je la vie, je la communique.

 

Ma liberté a été, hélas, de courte durée. Moi qui croyais que les chaînes s’étaient éloignées de moi à jamais! Oh que non! Ma liberté n’était que provisoire. Le plus triste dans ce retour aux enfers, c’est que je suis le prisonnier de mes…frères. Comme les frères de Joseph, mes frères, après m’avoir pris ma liberté, m’ont vendu. Mes frères ont jugé utile de me reprendre ma liberté.

 

« Dieu fit la liberté, l’homme a fait l’esclavage”, disait  Marie-Joseph Chénier. Ô ces mots ont de la valeur à mes yeux! Le comptoir nègre est réapparu en Libye. Mes frères m’ont humilié. Ils m’ont transformé en un objet. Ils ont fixé mon prix. Mes frères libyens ont imité l’homme blanc. Mes ancêtres ont été réduits à l’esclavage par des étrangers Blancs…et moi par les miens, mes frères blancs. Dire que nous avons la même mère: l’Afrique.

 

J’ai honte d’être exhibé par des Africains en 2017. J’ai honte de ne valoir que quelques billets de banque. Le monde entier semble choqué par ce geste de mes frères libyens. Pure comédie…

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Richard Konan

Richard Konan

Journaliste de profession, je suis un véritable passionné de la communication. J'adore manier les mots pour donner vie à la vie.
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