« Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle ramène le fagot qui lui plaît », disait l’écrivain et poète Birago Diop.

J’ai eu envie de partager avec vous ce billet tout en laissant libre cours à ma mémoire de retourner dans mes années collèges et ramener « le fagot qui lui plaît ».

Le moment qui nage immédiatement dans l’océan de mes souvenirs est le premier jour de l’année scolaire. Je venais d’être orienté au collège moderne Nangui Abrogoua d’Adjamé en classe de 6ème. Pour rallier la maison et mon nouveau temple du savoir, je devais emprunter un bus de la Société des transports abidjanais (SOTRA). Il me fallait monter à bord de l’autobus numéro 08, assurant la ligne Abobo-Adjamé (deux communes de la ville d’Abidjan).

Élève cherche école ! 

Imaginez un élève d’un peu plus de dix ans n’étant presque jamais sorti de son Abobo natal, tout seul pour son premier jour d’école. Je n’ai pas eu de mal à m’engouffrer dans l’un des bus arrivé en haletant au terminus. Mais là où les choses se gâteront pour moi, c’est quand j’ai oublié l’arrêt auquel je devais descendre. Avec du recul, cela me paraît étrange de n’avoir pas pu simplement me renseigner. Bref, le mal est déjà fait. Par peur de rater l’arrêt, je décide de descendre au pif. Et là, débute ma galère.

Je me mets à marcher comme un automate jetant le regard ça et là, priant le ciel que le collège moderne Nangui Abrogoua surgisse devant moi. Mais oh non ! Je ne vois que des marchands et des magasins. Le pauvre élève de 6ème se met à transpirer à grosses gouttes. Il marche, marche et marche. A un moment, je jette un coup d’œil sur la montre que m’avait offerte mon père. Lui devait se dire que son fils suivait avec attention les premiers cours de la classe de 6ème. S’il savait !

La longue marche vers le savoir

De grosses gouttes de sueur ruisselaient sur mon visage. A cette époque, je ne portais pas de lunettes pharmaceutiques alors, ces fameuses grosses gouttes empruntaient directement le chemin menant à mes yeux. Le chemin vers le savoir était aussi jalonné de rayons de soleil ? Il était déjà 8 heures. J’avais cours à 7 heures 15 si ma mémoire ne me trahit pas. Tout en longeant le boulevard Nangui Abrogoua, je jetais des regards en quête de mon école. Les minutes se sont écoulées et le temps est passé. Toujours pas d’école. Mon uniforme kaki, bien repassé par le blanchisseur de mon quartier, souffrait le martyre, malmené par la sueur. Quel calvaire !

J’ai débarqué au collège moderne Nangui Abrogoua après 9 heures. Comment ? N’en pouvant plus, le jeune élève s’est adressé à un monsieur assis devant un magasin. Ce gentil monsieur a mandaté l’un de ses vendeurs pour m’accompagner et me montrer le chemin.

Quand je suis arrivé dans mon nouvel établissement, précisément à la salle 9, madame … (ma prof de français) était en plein cours. J’étais tout en sueur. Surprise, elle m’a demandé: « tu es de la classe ? » J’ai respiré un grand coup avant de répondre « oui, madame ». Ma réponse fait rire des élèves. Un regard de la prof a vite fait d’imposer rapidement le silence.

En souvenir de tous les élèves de la 6ème 9 avec qui j’ai passé d’agréables années.

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Richard Konan

Richard Konan

Journaliste de profession, je suis un véritable passionné de la communication. J'adore manier les mots pour donner vie à la vie.

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